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25
04
2015

Projet « Double peine »

Témoignages

Paroles croisées sur l’emprisonnement et ses conséquences

TAGS : Banlieue | Bled | Bracelet électronique | Casier judiciaire | Délinquance | Drogue | Ecole | Parloir | Perquisition | Police | Prison | Réinsertion | Télévision
Modifié le : 15 juillet 2015

Constatant aujourd’hui, dans l’esprit de beaucoup de jeunes, la banalisation de l’incarcération, le Service Jeunesse de Villiers-sur-Marne dans le Val-de-Marne, l’Escale, a lancé une opération appelée « Double peine » pour sensibiliser ces jeunes aux nombreux dommages que cause l’incarcération à leur famille et bien sûr à eux-mêmes, au-delà du séjour en prison proprement dit.

L’Escale, place Charles Trenet à Villiers-sur-Marne (94). C’est là que j’ai recueilli les témoignages.

 Avant-propos


Mon gars, arrête d’écouter tout le monde, c’est de la merde, parce que le jour où tu vas au trou c’est pas seulement toi qui vas au trou, c’est ta famille, c’est ta mère, c’est tout le monde.
Avec la société d’aujourd’hui, le monde comment il se durcit, t’es mort, t’es fiché, tu peux plus marcher tranquille. T’es baisé après, pour la vie. Une fois que t’es dans le système, dans l’engrenage, ils ne vont plus te laisser sortir. Tout le temps, il va falloir justifier ceci, cela...

Un des volets de cette opération « Double peine » est un recueil de témoignages destiné à écouter la souffrance de ceux qui ont eux-mêmes connu l’incarcération ou subi celle d’un enfant, d’un compagnon, d’un frère, d’un ami. C’est cette tâche qui m’a été confiée.

Ecouter cette souffrance, mais aussi dépouiller la prison de son « aura », la montrer dans sa vérité, telle qu’elle est vécue par ceux qui y ont été enfermés, mais aussi par ceux qui l’ont connue en se rendant au parloir.

Dépouiller la prison de son « aura », mais aussi sortir des non-dits, des mensonges, des faux-semblants, des trompe-l’œil qui accompagnent la prison, l’embellissent, la sublime même parfois, rendant ainsi un bien mauvais service aux jeunes.

En réalité, l’incarcération d’un jeune est un séisme de magnitude 100 sur l’échelle d’une vie, un tremblement de terre dont les « répliques » se font sentir des années et des années après, sur des kilomètres et des kilomètres à la ronde. L’idée selon laquelle quand on sort de prison « on a réglé sa dette à la société » — selon l’expression convenue — est une illusion majeure, souvent entretenue par les individus eux-mêmes et par ceux qui, pour leurs besoins de recrutement, ont intérêt à amoindrir le risque encouru. En réalité, c’est au moment où l’individu sort de la prison que les ennuis commencent pour lui, au point parfois que certains n’ont plus d’autres choix que d’y retourner...

J’ai écouté des parents, des frères, des sœurs, des compagnes, des jeunes qui ont connu la prison, des responsables d’association intervenant dans le domaine de la prévention, de la réinsertion et aussi en milieu carcéral. Afin de libérer la parole, dans un domaine où la honte et la peur font pression sur les esprits, nous avons opté pour l’anonymat des témoignages. Je suis resté le plus fidèle possible à la parole des témoins, avec les inévitables adaptations pour le passage de la langue parlée à la langue écrite. J’ai également modifié les éléments qui permettraient d’identifier les personnes. Dernière précision : j’ai écouté autant d’hommes que de femmes.

Les témoignages ont été recueillis par mes soins, en tête-à-tête, durant une heure trente à deux heures, dans un bureau clos à l’Escale de Villiers-sur-Marne en février 2015. Ils ont été enregistrés pour être le plus fidèle possible à la parole de leurs auteurs. Chaque témoin savait que le thème de l’entretien portait sur la notion de « Double peine », de « Dommages collatéraux » liés à l’emprisonnement. Chaque témoin savait aussi que l’anonymat de son témoignage était garanti. Les témoignages ont ensuite été intégralement retranscrits. Des thèmes ont émergé des différents entretiens et structurent le présent document.

Un grand merci à tous ceux qui nous ont accordé leur confiance en nous faisant partager leurs douleurs et leurs inquiétudes sur l’avenir de la jeunesse.

CJ
« Que ce soit pour les personnes qui ont malheureusement eu un moment d’emprisonnement et pour ceux aussi qui sont en précarité dans la rue et qui sont en souffrance physique, pour ceux qui sont en pauvreté, pour ceux qui ont des problèmes de logement, ils l’ont la double, la triple, la quadruple peine... On est tous égaux en principe. Mais quelque part le public qui bien souvent trébuche, c’est un public qui n’a pas forcément la même égalité que tout le monde au départ. Quand on naît dans des familles modestes et qu’on n’a pas les moyens, que les parents sont parfois en souffrance dans l’éducation, la première peine est là peut-être... »
« Déjà ça, c’est un truc de ouf, tu crois qu’il y a que toi qui souffres ; il n’y a pas que toi, c’est ta mère aussi qui va souffrir, et dès que ta mère va vouloir te voir au parloir, tu verras, il n’y a pas un pote à toi qui a le permis qui est prêt à l’accompagner jusqu’à la prison, là tu vas devenir encore plus fou. Double peine... »

Le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne.

 La prison ? Quoi de plus banal !

La perception de la prison a beaucoup évolué. Elle est aujourd’hui considérée presque que comme quelque chose de banal. Quand les jeunes mettent en balance la perspective d’une incarcération et l’appât du gain, la prison ne fait pas le poids :

« 70 % des gens autour de moi sont allés en prison. Mais dans ces 70 %, il y en a pas mal qui ont réussi à mettre de l’argent de côté. C’est tout ce que les gens vont voir : « Tu es allé en prison, c’est pas grave. Tu as de l’argent de côté ? Bah c’est bon alors ». Voilà la réalité. « Il est au trou, lui ? — Ouais — Mais est-ce qu’il a des sous ? — Ouais — Alors c’est bon, il est bien ! » Mais c’est faux ! Tu es mal : « Là, il est quelle heure ? Normalement, à cette heure je prends ma petite canette, ma clope, je fume un joint devant l’épicier. Et maintenant en garde à vue je suis là tout seul, je suis obligé de taper pour demander un truc et la plupart du temps ils insultent ma mère et je ne peux rien faire ». Donc, non, c’est faux, tu es mal. Mais comme les jeunes n’ont pas vu ça de leurs propres yeux, pour eux c’est rien, tu vas aller en prison, il y a un ami à lui, il y a un pote à lui, il y a un cousin à lui... « Si j’arrive là-haut, même si je suis en galère je suis bien... » En fait, les gens c’est tous des menteurs : « C’est bien, t’inquiète. Tu vas connaître beaucoup de gens là-bas. Si ça se trouve tu vas connaître un grand braqueur, un grand dealer qui va te faire croquer à ta sortie ». Beaucoup de jeunes disent ça. Ce qui fait que quand le petit il entend ça, il se dit : « La prison, je m’en bats les couilles. S’il faut y aller, j’y vais. Eux, ils y sont tous allés et ils sont revenus normal. Aujourd’hui, ils font encore de l’argent. Alors pourquoi...? Si je dois y aller, j’irai. C’est pas un problème ». Tu ne leur diras pas aux jeunes que tu mens, tu vas enjoliver encore plus, plus, plus. Comme ça, ceux qui y sont passés se donnent une bonne image pour avoir encore plus de respect »

« Il faut leur dire la vérité parce que pour eux c’est comme si c’était une fierté d’aller en prison, d’aller au « chtar », comme ils disent, parce qu’après ils ressortent c’est comme s’ils avaient eu bac + 8. Mais il faut leur faire comprendre qu’en fait ce n’est pas ça la vie. Tu rentres là, mais tu sais pas en fait dans quoi tu rentres. Parce que la prison ça détruit, personne ne va le dire, mais ça détruit. Vous vous rendez compte, être enfermé tous les jours avec une demi-heure de promenade, un parloir par semaine, si vous avez la chance, trois par semaine. Le linge, on vous le donne quarante-huit heures après. Ce n’est pas une vie. Maintenant ils peuvent se doucher parce qu’ils ont la douche dans leur cellule, mais avant c’était une douche deux, trois fois par semaine. Ils n’en parlent pas. Il y en a pour qui ça se passe bien. Ça dépend, si vous avez pris deux, trois mois vous sortez, vous n’avez pas eu le temps de voir, de réfléchir. C’est pour ça que quelqu’un qui reste un peu quand il sort il va toujours récidiver, toujours. Je ne sais pas pourquoi, en tout cas c’est ce que j’ai constaté »

« Quand on est incarcéré, on est mélangé donc, on apprend plein de choses, on fréquente certaines personnes et après quand on sort on peut être détourné sur des trucs plus graves. Il y a pas mal de choses en prison, les gens ne sont pas biens, il faut avoir de l’argent. Déjà, il faut que la famille soit là parce que travailler en prison, c’est quoi ? C’est quatre-vingts euros, cent euros par mois. On ne peut rien faire avec ça. Aller en prison, ce n’est pas une fierté du tout. Pour moi, c’est un échec. On peut aller en prison, mais quand on va en prison, on emmène toute la famille »

La réalité de la prison est visiblement occultée, mais pire, elle est souvent considérée comme un moyen pour devenir un homme :

« Les jeunes de maintenant pensent que si tu vas en prison tu es un homme, mais en fait si tu vas en prison tu n’es pas un homme, bien au contraire. Ils pensent que la prison fait de toi un homme, la prison ne fait pas de toi un homme, au contraire la prison fait de toi une loque, un déchet de la société. La prison peut t’endurcir par rapport à la vie, dans le sens où il faut être fort. C’est quand même une épreuve d’être en cellule, de rester vingt-deux heures seul, affronter le sommeil, affronter la nuit. Se dire : « Qu’est-ce que ça va être demain ? ». Tu affrontes la peur, tu vas avoir des visions. Il y a des gens qui se brûlent dans la cellule. Ton codétenu peut brûler ton matelas, tu peux mourir, tu peux entrer dans ta cellule et voir un mec en train de se pendre, tu peux être victime d’un viol, tu peux te manger un coup de lame, tu peux tomber sur des gens qui vont vouloir te racketter — c’est la réalité de la prison. La prison ça endurcit, mais elle ne fait pas de toi pour autant un dur. Non, au contraire »

Elle serait comme un rite initiatique pour s’endurcir :

« On peut dire, oui, que la prison c’est une épreuve initiatique parce qu’il faut être fort par rapport à la situation. Tu restes vingt-deux heures trente dans la cellule les bras croisés, sans rien faire. Faut être fort. Tu dors, tu te lèves, tu dors, tu regardes par la fenêtre, tu regardes les pigeons, tu regardes le paysage, tu regardes les miradors. C’est pas la prison qui a fait de moi un homme. C’est mon cursus, de mon enfance à l’adolescence et ensuite à l’âge adulte, qui a fait de moi un homme, c’est pas la prison. Moi je l’ai toujours dit, c’est tes actions au quotidien qui vont faire de toi un homme. Moi, les gens qui me disent « Je vais en prison », je leur dis : « T’es une lopette ». Par contre, montre-moi que le matin tu vas chercher ton argent, tu fais comme ton papa ; là tu es un homme. Pour moi, c’est ça, je suis l’exemple de ce qu’était mon père, je ramène l’argent à la maison, je fais mes courses pour mes enfants, là je suis un homme, je paie mes factures, là je suis un homme ; en prison je ne suis pas un homme. Les épreuves du point A vers le point B vont faire que je vais être un homme »

« La prison, c’est pas bien ; la prison c’est nul ; la prison c’est la merde. Faut pas croire : vous allez en prison, vous êtes des « bonhommes ». Ce n’est pas ça être un bonhomme. Faire souffrir sa mère, son père, ses sœurs, sa femme, sa petite copine. Et après quand on va en prison, il n’y a plus les potes. On est tout seul. Il y aura peut-être deux ou trois potes qui viendront vous voir et encore, si on a de la chance. Pour envoyer les mandats, il n’y en a pas beaucoup. Pour payer l’avocat, il n’y en a pas beaucoup. Peut-être au début, mais après ce n’est pas la peine. Il faut savoir tout ça. Il faut montrer l’exemple aux plus petits, s’ils ont des petits frères, parce que c’est traumatisant d’aller voir le frère au parloir. Pour moi en tout cas c’est pas une fierté. C’est une souffrance d’aller là-bas »

Le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne.

 Le service militaire

Les témoins se sont interrogés : comment devient-on un homme aujourd’hui ? Quels sont les rites de passage ? Bien sûr, la question du service militaire et de sa suppression, est présente dans les esprits :

« Sur le contenu, le service militaire n’était pas très efficace : trois mois de classe... et huit mois à glander. Par contre, c’était un rituel. Il y avait ce temps qu’on donnait en tant que citoyen à la France, ce temps où toutes les classes sociales se retrouvaient, ce temps où on pouvait aussi découvrir certaines problématiques auprès de certains individus, psychologiques ou autres. Il permettait aussi à des jeunes et des moins jeunes de pouvoir rester dans l’armée s’ils n’avaient pas trop d’issues dans le civil. Cela permettait de donner un cadre pour les têtes brûlées, les confronter aux règles — un certain nombre de choses qu’aujourd’hui on n’a plus. Et puis c’était un brassage social. Cela renforçait le rapport à la France, créait une appartenance, une reconnaissance par la société française. En dehors des huit mois, c’est vrai que le service militaire apportait beaucoup de choses positives. Et quel est le rituel maintenant ? Le permis de conduire ? A part ça, il n’y a plus grand-chose en tant que rituel. L’appartenance à la société française n’est parfois pas perçue du tout, pour certains. Ils ne se sentent pas appartenir à la société française. Il y en a qui disent : « Moi, je ne reconnais pas l’Etat français ». C’est souvent les plus âgés. Il manque un fil à ce niveau-là »

« Moi, je pense que l’armée, quand tu n’as pas de repère social et pas d’éducation ça peut être un bon élément déclencheur pour les bases. Ça va dans le bon sens. Après le mauvais sens, c’est qu’on y rencontre trop de gens pas terribles et des mauvaises choses se passent le week-end ; ils vont passer leur temps à boire, passer leur temps à fumer leur joint, etc. parce qu’il n’y a rien à faire. Ça, c’est le côté négatif. Mais c’est vrai qu’on vous apprend à devenir un homme : lever le matin, lever de drapeau, la tenue, les règles, les rigueurs. Si après on les remet dans les entraves du quartier, c’est pas bon. Mais si on leur permet de côtoyer d’autres personnes différentes de chaque environnement social et de chaque département de la France, ça peut être positif. Faut pas qu’on mette dans telle caserne Mamadou et Mohamed, dans l’autre caserne Julien et Stéphane, faut vraiment que ce soit cosmopolite. Je serais favorable pour un service de trois mois, un service civique"

 Des délinquants de plus en plus jeunes

Si la perception de la prison a ainsi changé, c’est sans doute aussi parce que la délinquance a elle-même évolué. Elle concerne des individus de plus en plus jeunes qui se laissent plus facilement manipuler, des jeunes « pas finis dans leur tête » comme dit un témoin.

« Dans les cités c’est noir, il y a des profondeurs, il y a des étages, il y a des sous-sols. Faut bien creuser pour savoir la vérité. Ce n’est pas évident. Par exemple, là, à côté, il y a des petits de quatorze, quinze ans, il y a deux ans ils s’amusaient dans les arbres, aujourd’hui ils font des braquages »

Même constat chez un responsable associatif :

« Je dirais peut-être qu’il y a un rabaissement de l’âge de ceux qui peuvent passer à l’acte. Et comme il y a un abaissement de l’âge, il y a un manque de discernement dans l’acte. Plus on est jeune moins on est responsable de ce qu’on fait, moins on a conscience de ce qu’on peut faire. Oui, il y a un abaissement de l’âge du passage à l’acte. Le passage à l’acte, ça peut être une insulte, un tag, une dégradation, mais ça peut-être aussi plus grave. Les transgressions sont plus jeunes. Quand les plus jeunes ont moins conscience de ce passage à l’acte c’est plus difficile après de faire prendre conscience, de faire évoluer, de faire comprendre les choses. Oui, ça, c’est une vraie réalité »

« Les jeunes n’ont pas conscience de la réalité. Je me rappelle un incident : des jeunes qui avaient caillassé une voiture de police. Ils m’ont dit : « On a caillassé une voiture de police, on n’a rien fait de mal ! » Ils n’avaient pas intégré le bien et le mal. L’interdit et le non-interdit. « Caillasser une voiture de police, c’est normal, quoi. Pourquoi on nous emmène...? » On devrait avoir tout un travail en amont, dès la petite enfance pour bien comprendre parce qu’à partir de 6 ans, si on n’a pas intégré, si on ne sait pas naviguer sur le fil — et le rôle du parent est là — et savoir ce qui est bien et ce qui n’est pas bien, on ne le sait pas plus tard. Le jeune était sincère, honnête, en disant « On n’a rien fait de mal ». Et ça le révoltait encore plus parce qu’il ne comprenait pas pourquoi on l’emmenait, pour lui c’était injuste. Si dès l’enfance le jeune ne s’est pas intégré le bien après c’est un travail qui est vraiment difficile »

Du coup, la délinquance se répand dans les familles :

« C’est tout le monde qui est concerné, ce n’est plus telle ou telle famille. Si tu vas dans une famille, tu trouves cinq ou dix enfants, tu trouveras forcément un qui est concerné par la délinquance. Donc, maintenant ce n’est plus une honte, c’est devenu un combat. La honte, on l’a laissée de côté, on n’a plus honte. Maintenant notre volonté, c’est de combattre ce fléau qui nous entoure, c’est-à-dire la délinquance, la délinquance liée à l’alcool ou à la drogue. Ce sont des choses qui sont difficiles à combattre, mais il ne faut jamais baisser les bras, il faut parler à son enfant jour et nuit, lui faire comprendre qu’il perd son temps. Les conseils qu’on leur donne, c’est pas pour nous. Des fois je dis à mon enfant : « Regarde-moi, ne crois pas que moi quand je te parle c’est pour mon intérêt à moi ; moi, le seul intérêt que j’ai, c’est si demain tu es bien, alors je serai fière, mon Dieu, je dirai : « C’est mon fils qui a fait ça, c’est ma fierté ». Mais le premier bénéficiaire c’est toi, c’est toi »

« Les jeunes ont une bonne image du travail, mais comme ils ne comprennent pas, ils disent : « Non, moi je ne veux pas faire ci, je ne veux pas faire ça — Pourquoi tu veux pas faire ci ? Parce que tu as arrêté l’école ? Bah, fais une formation — Oui, mais je trouve pas — Bah, parce que tu te lèves à midi ! Si tu te lèves à midi, comment tu veux que l’employeur vienne te chercher. Lève-toi à huit heures, lève-toi à six heures et demie, va vers la formation, là on va t’accompagner. Si tu le lèves à midi, qui c’est qui va venir te chercher à midi ? Personne ! » Moi, le matin je me levais, j’allais chercher du boulot. Je ne me lève pas à midi pour aller chercher du boulot. A huit heures, neuf heures j’étais devant la mission locale : « Oui, je cherche du travail, je cherche une formation — Bah, ramène ce document, ramène ceci, ramène cela ». Si tu te butes, si tu fais de la console jusqu’à deux heures du matin chez toi, forcément, le lendemain tu n’arriveras pas à te réveiller. Les jeunes c’est ça, on vit malheureusement dans une génération d’enfants gâtés ; ils ont tout à la maison, ils peuvent se permettre de tout faire et les parents ne les limitent pas. Alors que moi, mon père me disait : « Va te coucher » T’es pas content ? T’es chez moi, ici. Allez »

« Ce matin, je vais acheter une baguette je vois un camion UPS qui se fait braquer dans la cité. Quatre, cinq petits de quinze, seize ans, ils sont là avec gazeuses, couteaux. « Bouge pas ! » Le gars il est resté figé comme ça. J’ai regardé, je me suis dit « Non. Ma cité elle se dégrade trop, là ». Et tu vois des petits courir partout avec des cartons : « Y’a quoi dedans ? Ça, je vais pouvoir le revendre, passer une bonne journée ». Même s’il n’y a pas la télé, où tu vis, il y aura toujours quelqu’un qui réussit à bien faire, à bien se débrouiller. Que ce soit dans le légal ou l’illégal. Aujourd’hui il roule en Renault 5, demain il s’achète un Mégane neuf, après-demain il s’achète un Audi. Toi aussi tu voudras ça. Tu prends exemple sur lui : « Ah oui, lui il fait ça, il est comme ça, bah je vais faire comme lui »

Autrefois, les grands frères veillaient au grain :

« Dans la cité on ne faisait pas trop de larcins parce qu’il y avait les grands frères et leur business. Il fallait les respecter parce que c’était les grands frères. Dès qu’ils nous voyaient voler dans le quartier ils nous cassaient la gueule... Parce qu’ils n’étaient pas contents de ce qu’on faisait. Il y avait un respect. Et puis à l’époque on ne volait pas les sacs à mains des vieilles dames, On allait certes voler des scooters à ceux qui avaient plus d’argent ou on attendait à un feu rouge une voiture qui arrivait, on volait le sac à main et puis on partait en courant. On prenait aussi les cartes bleues, on prenait ce qu’il y avait à l’intérieur et on allait faire des achats »

Mais là aussi les choses ont changé :

« Quand tu fumes ton joint à côté de ton grand frère et qu’il ne te dit rien, c’est grave. Moi, si je fumais à côté de mon frère, j’étais mort ! Mais aujourd’hui un petit de douze ans, il va aller acheter le paquet de clopes de son grand frère, son alcool, des fois, il va même lui acheter son morceau de shit. Dès que tu fais quelque chose en famille, tu es mort. Ça veut dire que si quelqu’un qui a les meilleures intentions du monde vient te voir et te dit « Arrête », tu vas lui répondre « Mais quoi je suis avec mon frère. Propose-moi autre chose, propose-moi plus sérieux. Si t’as pas, dégage, je parle même plus avec toi ». C’est ça aujourd’hui. Les frères qui laissent leurs petits frères fumer des joints, faut même pas se leurrer. Il y en a un qui est en prison, alors un de ses amis dehors prend soin du petit frère. « Tiens dix euros, ceci cela ». Et toi tu sors de prison et tu vois que ton petit frère il est posé avec ton pote. Tu pètes un plomb ! Tu es dépassé. Comme tu n’étais pas là un certain temps, tu ne dis rien, tu lui fais un petit rappel. Aujourd’hui, c’est chacun sa merde ! Chacun pour sa peau, tous pour le « cash money ». Moi, aujourd’hui, je ne m’amuse pas à louer une voiture, je n’ai pas le permis, mais d’autres le font. Quand un petit te voit « Whaouh, tu conduis ça ! ». Comment il va trop t’aimer. Il va te regarder tous les jours. Tu vas même pas savoir, ils vont être là à côté de toi : tu crois qu’ils jouent, ils te regardent seulement. Moi qui voyais déjà du trafic étant petit, je me souviens, la veille ils partaient à quatre, cinq heures du matin, moi je me levais pour aller à l’école, ça m’arrivait, sans vous mentir, de ramasser un joint qu’ils n’avaient pas fumé, de le rouler, et je vais à l’école avec. « Oh ! Il y a un verre. C’est du coca. Non, il y a de l’alcool dedans » Ça aussi, ça compte. Moi aussi je fais comme les grands. Je veux ma nouvelle paire de Nike, je veux mon confort toute la journée, je veux ma voiture. Je sais qu’ils n’ont pas travaillé, eh bien je vais faire comme eux. Donc, on va dire que les grands sont un peu victimes de leur succès, on va dire ! »

Un graffiti à proximité de l’Escale.

 Le parfum enivrant du violet

Tous les témoins l’attestent, au cœur de cette nouvelle délinquance, il y a un goût immodéré pour l’argent. Aujourd’hui, toute la société est touchée, du haut en bas de l’échelle. Pour les jeunes générations, ce goût n’est plus motivé seulement par la nécessité vitale :

« Mon enfant est ambitieux. L’argent bien mérité ça ne lui paraît pas suffisant. Il préfère l’argent vite fait, et la finalité, c’est ça. Ça les conduit où ? Avec nos salaires, il y avait des moments difficiles, mais n’empêche, il ne lui manquait pas à manger, il ne lui manquait pas d’habits parce que nos enfants étaient bien entretenus. On ne lui a pas demandé d’aller braquer ! »

« Malheureusement, aujourd’hui, n’importe quel confort que tu veux, faut payer. Il m’en faut plus, il m’en faut plus, il m’en faut plus. Même si tu sais que tu prends un chemin semé d’embûches où tu risques de grandes choses, mais tu vas quand même y aller parce que malheureusement tu n’as que ça comme choix. Tu as déjà essayé de t’en sortir à gauche, à droite, personne n’a voulu, alors tu fonces. Souvent les jeunes remplissent des dossiers de formation, d’emploi, de stages, des projets. On les refuse : « T’es pas éligible — Ah bon, je suis pas éligible, et bah je vais aller là où je suis éligible ! »

« J’ai connu ma première garde à vue suite à un vol de téléphone portable, parce qu’à l’époque les téléphones portables coûtaient des milliards ! C’était en 1995 par là. On est dans l’adolescence, on a dix-sept ans, on veut avoir les derniers vêtements, mais on ne peut pas se les payer. On commence à avoir une copine, on n’a pas d’argent, on veut aller par-ci, on veut aller par-là, on veut s’affirmer, donc s’affirmer ça passe par quoi ? Ça passe par le besoin de l’acquisition de certaines choses et quand on ne les a pas, qu’est-ce qu’on fait ? On va les voler. On va voler les personnes qui sont vulnérables, parce que nous, on marche en bandes. On avait un petit groupe de copains, six, sept, huit. Donc on marche en bande et le premier qu’on voit, on le dépouille d’un appareil électronique, un baladeur ou un lecteur CD. Il a une belle doudoune, on lui prend. On voit qu’il est sur un scooter, on va lui prendre et le revendre pour en tirer un petit bénéfice »

« Pour nous ça paraissait normal, ça faisait partie du quotidien. C’est devenu quasiment un jeu, un mode de vie. Voilà, demain, il faut qu’on tombe sur un chèque, on va aller faire des achats. A l’époque il n’y avait pas tout ce système bancaire qu’il y a aujourd’hui. Ça nous plaisait, c’était un jeu et on partait avec un chèque s’acheter une paire de baskets et puis voilà et des fois quand on n’avait pas de solution, on avait inventé le sac double, un sac avec de l’alu à l’intérieur. Donc on partait dans les magasins et on prenait les vêtements. Ça ne sonnait pas dans les portiques. On allait à Thiais, Belle Epine, même à Troyes. On partait tôt le matin et on revenait avec plein d’affaires, des marques et avec des pinces coupantes dans les transports. Voilà, c’était devenu notre quotidien et puis on était bien habillés, on était beaux gosses le week-end, on allait en soirée, on était plaisants et les filles, elles aimaient cela. Il y avait aussi les sorties, les soirées, on va manger un grec, voilà quoi. Et quand on est étudiant, le midi on ne va pas à la cantine avec les autres, on va manger au MacDo à côté de l’école, c’est tout »

« Ces jeunes-là, ils ont tout, parce que la vie a augmenté le pouvoir d‘achat des parents. Ils ont peut-être la console de jeux, ils ont peut-être les dernières baskets, les derniers vêtements, mais cela ne leur empêche pas de faire des bêtises. Alors je me dis parfois : « Est-ce qu’il veulent suivre ce que nous on a été ? Est-ce qu’on est le reflet de leur image ? » Dans un sens oui, on était bien habillés, on avait des belles chemises, des belles chaussures, des belles baskets. Ils se disent : « Bah nous, on va pas participer à ce commerce-là, mais on va faire autrement ». Ils le reproduisent, mais différemment. C’est-à-dire que eux, ils ont tout, mais non, ils veulent prouver qu’ils sont des fortes têtes, alors qu’en fait j’appelle ça des bébés gâtés qui font des bêtises alors qu’en fin de compte, ça ne vaut pas le coup. Alors que nous on n’était pas des bébés gâtés, on faisait des bêtises parce qu’on était dans le besoin. C’est le fait de dire « Je suis un lascar » alors que je n’en suis pas un. Nous, c’est la vie qui nous a construits. Alors qu’eux ils ont été construits par leur famille, ils ont besoin de s’affirmer. Voilà, c’est ce que je pense, c’est psychologique, c’est comme ça »

« On ne manquait pas d’argent, mais on en veut toujours plus. Aujourd’hui cette société, ce système, nous montre que si on n’a pas d’argent on est mort. Peu importe l’âge qu’on a, si on n’en a pas, tu vis pas. Aujourd’hui, c’est ce qui tape dans la tête de tout le monde. Même quelqu’un de quatorze ans aujourd’hui va se dire « J’ai besoin d’argent » alors qu’il y a six ans, jamais. Ils commencent à se réveiller très, très tôt. Et comme ils sont mal encadrés, du coup... Ils voient les galères de leurs parents, ce qu’ils vivent au jour le jour. Ça, ça pèse beaucoup dans la tête d’une personne, qui sort et qui après casse tout dehors. Tout le monde sait qu’il y a des risques, du petit de quatorze ans à l’adulte de quarante ans. Tout le monde sait ce que ça peut faire à la famille etc. Tout le monde est au courant. Mais après, comme on dit, c’est chacun sa chance. Tu te fais attraper ou tu ne te fais pas attraper »

« A partir du moment où tu as un petit billet tout le monde te sourit. Et à partir de ce moment-là tu es bloqué. Et plus tu vas avoir des gens avec toi qui vont avoir un comportement qui va changer, qui vont s’adoucir parce que tu as ça, tu vas devenir parano et tu vas t’enfermer dans ta bulle et c’est ça qui est mauvais parce qu’à partir du moment où tu es dans ta bulle pour t’en sortir ce n’est pas facile »

« C’est ça le truc dans les cités, les gens ne veulent pas un minimum d’argent pour vivre, ils veulent un maximum. Tu as tellement vécu dans un minimum. On n’a pas tous des parents qui savent lire, des fois tu as des parents qui ne savent pas lire. Tu es enfant, déjà tu lis des lettres que tu dois pas lire. Huissiers, police, amendes, endettement. Tu pètes un plomb. Tu te dis : « Il se passe quoi ? » Toute ma vie elle était rose, mais en fait il n’y a que des soucis. Et dès que tu commences à voir ça, je sais pas comment vous dire, mais ton regard il change du tout au tout. On devient individualiste. A la base, c’est du court terme. Mais quand vous voyez un jeune de quatorze ans aujourd’hui, il veut faire ça toute sa vie. Malheureusement, ils ont des mauvais exemples. Moi je me souviens, il y avait un grand dans le quartier, c’était chaud pour lui. Il est allé en prison. Avant de partir, il a laissé à un pote deux kilos et un téléphone. « Allez bosse, le bigo il va sonner, t’as rien à faire. Tu fais les pochettes, tu prends 2 000 euros et tu me laisses 6 000 euros ». Dites ça à un petit aujourd’hui, il ne va plus jamais changer. Il va rester dans ça toute sa vie. Il voit ça sur le court terme. Ça se durcit tellement aujourd’hui que même si tu veux pas tu es obligé »

« Dans les cités, c’est qui donne et qui donne pas. Les petits ils voient ça : « Qui va m’aider pour mon confort d’aujourd’hui ? » Une fois j’étais posé dans un bâtiment, on fumait le soir. Tu as un grand qui passe qui nous jette un violet [1] : « Tenez les gars, allez manger ». Moi j’étais là : « Ah oui, un violet ! » Mais je l’ai regardé « Va te faire enculer mon pote, moi j’ai mon argent, je n’ai pas besoin de toi, je n’ai jamais eu besoin de toi. C’est pas aujourd’hui que je vais avoir besoin de toi ». Mais dans le groupe tu en as toujours deux, trois qui vont dire : « Whaouh » et le lendemain, dès qu’ils voient le grand : « Toi t’es un bon... nanani nanana. On a passé une bonne soirée. On a acheté ci, on a acheté ça ». Le grand se dit : « La plupart du temps c’est des jeunes de mon quartier, je les connais, je connais leurs grands frères. Je connais leurs darons, ils sont là en galère, je les vois galérer, moi j’ai de l’argent. Voilà, tranquille, va t’amuser ». Ça part toujours d’un bon sentiment. Mais après, c’est ce que toi tu en fais dans ta tête qui est destructeur. Donner un billet de cinq cents à des enfants, ils pètent un plomb. Le jeune, il pense : « Il m’a donné la moitié de mille euros et ils se recasse normal ». C’est un cercle vicieux. C’est un mauvais cycle. Souvent, il veut se mettre des petits soldats dans la poche : « Je vais vous former, vous allez vous faire de l’argent ». C’est souvent ça : « Toi, tu galères, tu fais rien de ta journée, tu veux faire de l’argent, viens, moi je fais t’aider ». Il y a quand même de la prévention ! Attention, c’est pas un CDI ! Il y a des risques. La plupart du temps, tu t’assures que les gens sont prêts à faire ça, à faire certaines choses ou pas. Mais toi tu t’en fous, quand tu es petit tu vois que l’argent. Tu vois que ton confort, les conséquences, tu ne les connais pas, tu ne les as jamais vues. Tu en as entendu parler, mais tu ne les as jamais vécues »

« Je me souviens d’une ancienne figure du crime organisé, très, très fort, le gars. Il se posait en bas de chez moi. Par ma fenêtre je voyais les armes dans son coffre. J’étais petit. J’assistais à tout, vu que le point de vente était à côté de chez moi. Tous les mois il avait une nouvelle voiture. Et c’était pas des Renault. C’était du BM, Mercedes, Audi, que des beaux trucs. Il disait « Quatre-vingt mille euros ! C’est à moi ! » Tu fais quoi ? Tu te dis moi aussi, je vais faire comme lui. On essaie. Ça passe ou ça casse. C’est ça la plupart du temps même si tu veux pas montrer ta richesse, quand ça se voit, ça se voit. Il y a les comédiens, ceux qui aiment bien se montrer, mais la plupart des gars n’aiment pas se monter. Ils ne montrent vraiment rien. J’en connais un, il fait des cinq mille euros par jour, mais il a des trous dans ses chaussures. Il s’en fout : « Tant que j’ai de l’argent je m’en fous ». Tu en as un autre il va se faire cinq cents euros, il va s’acheter une paire de Gucci. Mais c’est à cause des frimeurs que les petits pètent un plomb »

« C’est les nécessités de la vie qui font que tu es prêt à tout pour du papier. Mais dès que je suis rentré de garde à vue, j’ai vu ma mère pleurer. Je me suis dit : « Mais non ! J’ai merdé, là ». Avant, la daronne rentrait, elle souriait. Là, limite elle n’a pas mangé pendant une semaine. En gros, elle se met en danger à cause de toi »

« Après c’est les premières conneries, les premiers vols, les premières bagarres. En groupe, seul. J’étais plutôt avec un ou deux potes, un ou deux frères, je les appelais mes frères. Je ne me mélangeais pas trop. Bagarres, vols, trafics plus tard, on était plus dans l’âge où on voulait s’amuser, foutre la merde. On veut un truc, on le prend directement. On ne demande pas. Le trafic, ça été dès qu’on a eu un peu plus de maturité pour faire de l’argent tranquillement. Mais même ça, c’était pas tranquille »

Post-Scriptum

Le second volet de ce projet est constitué par un « Théâtre Forum » animé par Roselyne Ruiz et programmé le samedi 25 avril 2015.

Vos commentaires et vos témoignages sont les bienvenus !

Dans le prolongement du théâtre forum et du recueil de témoignages, nous souhaitons vivement que vous réagissiez sur ce thème des conséquences de l’emprisonnement. N’hésitez pas à laisser un commentaire et à apporter votre propre témoignage. D’avance merci !

Notes

[1] Un billet de 500 euros.

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PUBLIÉ LE : 25 avril 2015 | MIS À JOUR LE : 15 juillet 2015
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