Accueil du siteEspaceDomainesEspaceSportEspaceLe corps spirituel du sportif

N’est-il pas incongru d’aller chercher le divin dans le sport ? Cette pratique basée sur le corps, donc sur la partie la plus matérielle de notre être, peut-elle avoir un lien quelconque avec le ciel, avec l’immatériel ? Certes, les sportifs d’aujourd’hui sont devenus des sortes de dieux païens que des foules surchauffées idolâtrent dans un fanatisme qui exacerbe les passions les moins nobles. En fait, ce n’est pas nouveau, et le corps parfait du sportif semble nous dire quelque chose de notre relation au ciel. La seule différence est que nous n’en sommes plus conscients aujourd’hui. Partons donc à la recherche des symboles spirituels présents dans nos sports modernes...

Dans un article précédent Existe-t-il un lien entre les pratiques sportives et les ères spirituelles ? j’ai mis en évidence une liaison inattendue entre la succession des ères spirituelles et les pratiques sportives.

Petit rappel.

On sait que depuis sa collision avec une planète nommée Théia, il y a 4,5 milliards d’années, la Terre a un axe de rotation incliné. Le choc a été tel que l’axe est non seulement incliné mais il est aussi de biais. Si bien que notre Terre ne tourne pas rond, elle est animée d’une sorte de mouvement de « toupie » presque imperceptible mais bien réel. Notre planète revient à sa position initiale en... 26.000 ans. Durant ce très long cycle, le ciel que l’on voit en fond derrière le Soleil change. Durant l’année, le Soleil parcourt les 12 constellations du zodiaque dans un certain sens. Durant ce cycle de 26.000 ans, il les parcourt en sens inverse. Le Soleil donne ainsi l’impression de « reculer » imperceptiblement. C’est ce que l’on appelle la « précession des équinoxes », phénomène que j’ai également décrit dans mon article sur les cycles Le monde est une grande boutique de cycles.

Ce phénomène, bien qu’imperceptible, semble avoir été découvert il y a très longtemps. C’est un point très intéressant car certains monuments, notamment les pyramides d’Egypte, sont alignés selon une certaine configuration du ciel. Or on sait maintenant qu’avec la précession des équinoxes, le ciel de nos ancêtres ne se présentait pas comme le nôtre. Il est donc possible de dater ces monuments en retrouvant l’état du ciel à l’époque de leur construction... et cela crée quelques surprises. J’ai évoqué ces questions dans mon article Qu’est-ce qui a donné naissance aux civilisations ?.

C’est récemment que l’on a établi que la tonalité de chaque constellation du zodiaque se retrouvait dans les pratiques spirituelles. Je renvoie sur le détail de ces découvertes à mon article. Ce qui m’a troublé c’est qu’il m’a semblé que ces ères spirituelles successives influençaient aussi les pratiques sportives. Ainsi, à l’ère du Taureau, il y a 6.000 ans, correspond les combats d’hommes avec des animaux. La corrida est d’ailleurs une survivance de ces pratiques très anciennes. À l’ère du Bélier, signe marqué par l’influence des éléments matériels, correspondent des sports où l’homme tente de dominer les éléments : le temps avec les courses, la pesanteur avec les sauts. Commencée au début de l’ère chrétienne, il y a 2000 ans, l’ère des Poissons, dont le signe représente deux poissons identiques se faisant face, correspond bien à des pratiques où des hommes (ou des équipes d’hommes) s’opposent les uns aux autres.

Après s’être confronté aux animaux, puis aux éléments, l’être humain entre en compétition avec son semblable. Ce n’est plus la menace terrible des animaux féroces qui freine l’homme car il a appris à s’en protéger, ni même les éléments, car il a appris à les dompter pour ne plus subir les caprices de la nature, c’est curieusement l’autre qui semble un empêcheur, un ennemi potentiel. J’ai d’ailleurs expliqué ici : Nous descendons tous d’homo rockybalboabilis que l’homme a joué des poings très tôt dans son histoire ! Mais peu à peu l’idée fait son chemin que le principal ennemi de l’homme, c’est lui-même.

Nous sommes aujourd’hui à la charnière entre l’ère des Poissons et l’ère du Verseau. Le verseau, lui, nous met symboliquement en relation avec le ciel, grâce à la pluie (de connaissance) que Ganymède dans le ciel déverse sur la Terre. L’homme alors entre dans un dialogue solitaire avec le ciel et se confronte désormais avec lui-même. On voit ainsi apparaître des pratiques sportives solitaires, comme dans le body-building ou les disciplines du fitness, ou encore le footing, sans parler bien sûr de toutes les méthodes de développement personnel censées nous apporter le bien-être, voire le bonheur, quel que soit notre environnement. L’essentiel aujourd’hui, dans cette ère du Verseau qui pointe le bout de son nez depuis quelque temps, est le travail sur soi.

Bien sûr, il s’agit de tendances, et les pratiques anciennes survivent encore, mais il est étonnant de découvrir que l’homme, par le choix de certains sports, semble influencé par des préoccupations spirituelles.

Corps et esprit ne font qu’un ?

Est-ce si surprenant ? Depuis la nuit des temps, l’homme est un être spirituel, le regard perpétuellement tourné vers le ciel, dans un dialogue permanent avec les divinités censées s’y trouver, et qui règlent de loin (et de haut) sa destinée. Cette obsession lui fournira d’ailleurs l’énergie de construire d’incroyables monuments, comme les pyramides d’Egypte, qui aujourd’hui encore nous laissent pantois et même perplexes. Il est donc naturel de retrouver les préoccupations spirituelles de l’homme dans les défis physiques qu’il se lance.

Car le corps et l’esprit sont intimement liés. Même si l’on ne comprend pas très bien le phénomène de la conscience — j’aurai d’ailleurs l’occasion de développer ce point dans un prochain article — on est bien obligé de constater que la matière a donné naissance à un phénomène immatériel, la conscience. Comment la matière a-t-elle obtenu cela ? C’est le grand mystère de l’esprit. Jusqu’à preuve du contraire, notre esprit est une création de la matière. Et comme les chiens ne font pas des chats, il est logique que corps et esprit soient intimement liés.

La pensée chrétienne, sur ce point, a été assez ambiguë. D’un côté l’Eglise nous disait que tout ce qui venait du corps était vil et condamnable, parce que sous l’emprise du Malin ; d’un autre côté le corps avait quelque chose de divin en lui qui se manifesterait au moment de la résurrection. C’est sans doute pour cette raison que l’Eglise n’aime pas que l’on joue avec son corps, de son vivant. Ainsi, elle a longtemps vu d’un mauvais œil les pratiques sportives. Le sport lui semblait une attention un peu excessive portée au corps.

Le monastère des moines de Shaolin est considéré comme le berceau des Arts Martiaux.

Presque au même moment [1], en Asie, un moine tibétain d’origine indienne, Bodhidharma, après avoir passé de longues années à méditer, a acquis la conviction de la profonde union du corps et de l’esprit. Il a ensuite mis au point avec les moines du monastère de Shaolin des techniques de combat pour les défendre contre les envahisseurs.

Ainsi naissent les Arts Martiaux. La possession d’un corps parfait et sa maîtrise totale sont considérées comme une « voie » de développement spirituel. Le corps serait ainsi une porte d’accès vers l’éveil spirituel. Tout l’art de ces pratiques consiste à se rendre maître de l’énergie vitale qui nous habite, le Ki chinois. Mais cette énergie est naturellement la même que celle qui anime la terre, tous les êtres vivants, et même l’univers entier. Prendre conscience de cette énergie en nous est une voie merveilleuse pour se relier au monde, et donc au ciel. Car si la Terre et le Ciel sont dans une opposition apparente, l’une en bas l’autre en haut, l’une bien solide, l’autre éthérée, il n’empêche que l’un et l’autre sont animés par la même énergie. La sentir en soi, la laisser s’exprimer, la maîtriser si possible, l’orienter à tout le moins, c’est nous fait prendre conscience de notre union totale au monde et nous proposer une voie pour connaître le ciel lui-même en se connaissant soi-même.

L’idée est donc d’aller chercher cette énergie là où elle se trouve, dans le corps. La maîtrise du corps par des exercices quotidiens fait peu à peu entrer en contact avec cette énergie. L’éveil qui en découle a des conséquences non seulement spirituelles, mais aussi physiques... D’un coup, le karateka peut tuer un adversaire, non par le coup lui-même, mais par l’énergie qui le traverse et qui est transmise à l’autre en face... pour son malheur ! Car cette énergie de vie, le Ki, est aussi le rayon de la mort !

On retrouve cette même idée de développement spirituel par la maîtrise du corps dans la pratique du Yoga. L’énergie vitale qui nous traverse semble passer par différents relais, des chakras, répartis tout au long du corps, à partir de la base de la colonne vertébrale jusqu’à la tête. « L’ouverture » de ces 7 chakras, selon la tradition, va permettre à l’énergie venant des profondeurs de circuler et de s’élever dans tout l’organisme.

Cette alchimie particulière est symbolisée par le dessin de la lettre K.

En numérologie, le K est défini comme une lettre composée de trois entonnoirs. L’un capte les énergies qui viennent du haut, un second capte les énergies qui viennent de la terre. La synthèse de ces deux types d’énergie s’effectue au milieu (au niveau du plexus solaire, la zone sensible de l’être humain). Le troisième entonnoir, à l’horizontale, joue le rôle de diffuseur, un peu comme un haut-parleur, de la synthèse des deux énergies réalisée au centre.

Nous commençons à entrevoir comment le corps peut être le lieu d’une synthèse entre deux mondes que tout semble opposer...

Arrivant en Occident dans les années 70-80, les Arts Martiaux perdent de leur essence spirituelle et évoluent vers une pure technique sportive, notamment dans des sports dérivés, comme les boxes pieds-poings, mais ils n’en demeurent pas moins une quête de la maîtrise par l’esprit du corps et surtout des énergies qui le gouvernent.

Au fond, tout se passe comme si la matière avait créé l’esprit pour rendre le corps conscient de lui-même, cette conscience étant une voie vers une élévation spirituelle de la matière. C’est sans doute pourquoi, il ne peut y avoir d’éveil à la spiritualité sans associer le corps à la démarche de l’esprit.

L’ère du Verseau nous incite ainsi à des pratiques nouvelles : nous entretenons notre corps, nous l’affinons, nous le purifions, nous le « désintoxiquons » ; nous voulons une alimentation saine, nous achetons pour cela des produits bio, nous fuyons certaines substances, certains deviennent même végétariens. Tous ces comportements ne sont pas, comme on pourrait le croire, des réactions aux excès de l’industrie agro-alimentaire. La multiplication des obèses ou des diabétiques n’est pas la seule cause de cette envie d’un corps sain. C’est une évolution profonde de l’humanité. La « malbouffe » ne fait que nous aider à cette prise de conscience, à ce travail sur soi. C’est une nouvelle alchimie qui se met en place pour transformer en or un corps gras, mou et intoxiqué.

Cette alchimie, on la voit bien dans la pratique du body-builder qui contrôle au gramme près tout ce qu’il absorbe, qui alterne la « prise de masse » et la « sèche ». Ainsi l’ère du Verseau nous incite à reprendre le contrôle de notre corps... et de notre esprit. Mens sana in corpore sano [2]. Après des siècles où le corps n’a pas eu grâce à nos yeux (en Occident du moins), le voilà qui revient au-devant de la scène. Certains n’y verront sans doute qu’un culte de l’apparence un peu futile, mais en fait, se met en place le premier étage d’une fusée qui doit nous élever vers le ciel. L’ère du Verseau commence à peine...!

De l’importance pour le sportif d’avoir un bon mental

Nous sommes encore loin, effectivement, d’une démarche où le corps serait une voie d’accès à la spiritualité. Aujourd’hui, on ne voit dans le sport qu’une pratique qui met en jeu notre machinerie musculaire. À un haut niveau, et parfois même au niveau amateur, les sportifs savent pourtant à quel point le « mental » est important dans leur pratique. Il y a bien sûr la nécessité d’avoir un moral de gagneur, de battant, pour vaincre l’adversité (extérieure ou intérieure) mais il y a surtout le phénomène de visualisation des gestes sportifs qui prend de plus en plus d’importance dans la pratique sportive.

De nombreux athlètes répètent dans leur tête les mouvements que leur corps va devoir exécuter. Ils répètent leur saut, leur descente à ski, leur course... et même leur combat de boxe ! Oui, cela peut sembler surprenant mais j’en ai été personnellement témoin. Un boxeur m’a ainsi montré la vidéo d’un moment particulier d’un combat qu’il appréciait en me disant qu’il avait l’intention de répéter cette phase de jeu lors de son prochain gala. Certes, les boxeurs ont l’habitude de répéter des enchaînements de techniques, et cette répétition est à la base de leur sport, mais en l’occurrence, la phase de jeu incluait plus que des enchaînements de coups de poing et de pied. Il y avait aussi un positionnement particulier sur le ring, il fallait amener l’adversaire dans les cordes, se placer par rapport à lui d’une certaine manière. Il a visionné des dizaines de fois la vidéo de cette phase de jeu et l’a répétée mentalement autant de fois au moins, et, effectivement, le jour du gala, à ma grande surprise, il l’a répétée exactement, comme il me l’avait dit. Je l’ai vu refaire dans les moindres détails ce qu’il m’avait montré sur la vidéo. Impressionnant. Je pensais qu’un combat de boxe devait tout au hasard d’enchaînements incontrôlés, eh bien non, le sportif maîtrisait tout... Le corps conscient.

La visualisation est un phénomène qui reste encore très mystérieux. Dans son livre « Visualisation en sports de combat », Aymeric Guillot écrit :

... Les circuits nerveux activés par la représentation mentale d’un geste et l’exécution réelle du même mouvement, de même que leurs évolutions, sont comparables.

Autrement dit, corps et esprit sont bien les deux faces d’une même pièce.

Mais bien sûr, le « mental » ce n’est pas le spirituel. Alors, où se cache le divin dans le sport ?

Supporters du club de football lensois.

Certes, aujourd’hui, le sport est vécu comme une religion de substitution, avec ses grand-messes, ses ferveurs, ses adeptes, ses fanatiques, ses intégristes, même. Alors le corps physique de l’athlète devient un corps social investi par les attentes de toutes sortes d’acteurs : sponsors, public, politiques, médias — des attentes souvent contradictoires, allant du sport hygiène de vie au sport machine à sous... Un calendrier de rugbymen du Stade Français posant nus s’appelle justement « Les Dieux du stade ». Etrange glissement : ce n’est plus le sportif qui est divin mais son corps, dans sa plus simple expression. En quoi un corps musclé et sexy nous rapproche-t-il de Dieu ? Cela peut paraître dérisoire, pourtant, nous touchons presque au but. Mais pour comprendre comment ce corps nous relie au ciel, il faut remonter très loin en arrière.

Couverture du calendrier 2016 des rugbymen du Stade Français.

Pour une raison qui reste encore très mystérieuse, il y a quelques millions d’années, l’homme primitif s’est redressé et a commencé à marcher sur ses deux pattes arrière... pardon, sur ses deux jambes. J’ai parlé de ce phénomène dans l’article sur la course à pied : Pour ce que courir est le propre de l’homme. C’est une énigme car il ne suffit pas de se redresser pour devenir bipède. La bipédie suppose en effet que le « trou occipital », là où la colonne vertébrale « s’accroche » à la tête, migre de l’arrière du crâne comme chez les animaux à quatre pattes vers le milieu du dessous du crâne, afin de faciliter la position debout. Les lois darwiniennes de l’évolution peinent à expliquer pourquoi ce trou « migre » ainsi. Mais peu importe pour ce qui nous concerne (enfin, si, mais c’est le résultat qui nous importe pour le moment).

L’homme se redresse donc, et se redressant ainsi, il devient une antenne, un « i » posé entre la Terre sous ses pieds et le ciel au-dessus de sa tête. Il devient un intermédiaire entre les deux mondes, un agent de liaison. Aucun autre animal sur Terre est ainsi en position verticale avec les pieds sur Terre et la tête dans les nuages [3].

Homme zodiaque à la saignée. Athanasius Kircher. 1646.

Ainsi l’homme devient « ce qui relie la Terre et le Ciel ». Déjà, pour des raisons évidentes, la matière dont il est fait est constituée des mêmes éléments que le reste de l’univers. L’univers est donc en nous. À tel point que certains ont créé des associations entre le corps de l’homme et les 12 constellations qui composent le ciel. Ainsi le corps humain, « microcosme » est une représentation en miniature du cosmos, le « macrocosme ». Un modèle réduit de la création. Ce n’est pas divin, ça !

L’homme s’inscrit à la fois dans un cercle et dans un carré et résout ainsi la quadrature du cercle ! Léonard de Vinci

Dans un magnifique dessin, Léonard de Vinci avait parfaitement concrétisé cette idée que nous sommes « entre ciel et terre », cette dualité étant représentée par la fameuse « quadrature du cercle ». Le carré avec ses quatre côtés est censé symboliser le monde matériel, alors que le cercle, symbole d’infini et de perfection, symbolise le ciel. Or, comme chacun sait, le carré et le cercle ne coïncident jamais ! Sauf dans le corps humain ?

Les dieux du stade tutoient les dieux de l’Olympe

On voit le décor se planter petit à petit : l’homme, par son corps, réalise en lui la quadrature du cercle.

La coupe est une demi-sphère inversée qui réalise avec la voute céleste une sphère parfaite.

Vous êtes-vous demandé pourquoi le sportif qui reçoit une coupe en récompense de sa victoire à une épreuve la lève vers le ciel ? Pour la montrer à tout le monde ? Mais non ! Longtemps le ciel a été représenté par une demi-sphère appelée « voute céleste ». La coupe, elle, est une demi-sphère inversée, un Graal. Après sa victoire, le sportif lève sa coupe, symbole du monde terrestre, vers la voute céleste pour réunir les deux demi-sphères et former une sphère parfaite, symbole de totalité. Le sportif, par ce geste, unit la Terre et le Ciel. Il est donc bien l’agent de liaison entre ici et là-haut. Mais, on l’a compris, pour être cet agent de liaison, il faut être le vainqueur ! C’est en effet le plus fort, le plus rapide, le plus habile, et lui seul, qui établit cette liaison. Il est en quelque sorte béni des dieux, et donc, il peut établir le contact ! Mais pourquoi le vainqueur est-il béni des Dieux ?

Parce que s’il est vainqueur, c’est qu’il a un corps parfait ! Evidemment. Et cette perfection physique en fait un dieu.

Cette perfection dans le monde physique ne peut que plaire aux Dieux, qui sont eux dans la perfection céleste. Celui qui, à chaque instant, entraîne son corps pour accéder à l’excellence est forcément béni des Dieux. Le vainqueur est celui qui a le corps le plus parfait, et donc, il est le meilleur agent de liaison avec le ciel. Voilà pourquoi les rugbymen aux corps parfaits de notre calendrier sont considérés eux-mêmes comme des Dieux, des Dieux du stade, tutoyant les Dieux de l’Olympe.

Mais bon, c’est quand même un peu dur ! Certains pensent que pour se rapprocher du Ciel et plaire aux Dieux, chacun se doit de mener une vie droite, sans pêchés, une vie pieuse, vouée au don de soi, aux respect des autres, à l’amour des autres. Et là, on nous dit que pour plaire au Ciel, il suffit d’avoir des biceps et des abdominaux !

Usain Bolt, l’homme le plus rapide du monde, est en contact direct avec le ciel !

Eh bien, oui, c’est ainsi, la perfection du corps ouvre les portes du ciel. Sœur Teresa et l’abbé Pierre ne font pas le poids face à Usain Bolt, l’homme le plus rapide de la création. Un dieu sur deux pattes ! Ce n’est pas pour rien que son geste favori symbolise l’éclair dans le ciel. C’est avec le ciel qu’il parle, c’est pour lui qu’il court ! C’est avec lui qu’il nous met en contact... un contact très électrique !

Ainsi, par la perfection de son corps, le sportif nous rapproche du ciel. Les artistes de l’antiquité et du moyen-âge l’avaient bien compris, qui sculptaient les corps magnifiques d’athlètes... ou de dieux... c’était la même chose dans leur esprit. Ces corps parfaits étaient pour eux une incarnation du divin.

J’ai dit dans un article sur la théorie des Anciens Astronautes (Que faut-il penser de la théorie des Anciens Astronautes ?) que la représentation du corps du pharaon Akhenaton avait quelque chose d’inouï. Ses statues le montraient avec des épaules étroites et une grosse bedaine, alors que tous les autres pharaons avaient été représentés avec des corps parfaits. Des demi-dieux vivants ne pouvaient qu’incarner aussi la perfection physique.

Statuette romaine en bronze du Discobole de Myron, IIe siècle ap. J.-C.

Bien sûr, on dira qu’aujourd’hui tout cela est truqué et que nos sportifs, en se rapprochant du dieu argent, nous ont coupé du dieu céleste. Pour être le vainqueur, pour acquérir ce corps parfait qui plaît au ciel, les sportifs aujourd’hui recourent massivement aux drogues. Il y a de la triche entre le Ciel et nous ! Le corps parfait de l’athlète n’est plus si parfait que cela...!

Mais, en fait, il ne faut pas se faire d’illusion, il en a toujours été ainsi. Dans l’antiquité aussi, les sportifs étaient entourés d’hommes médecine et d’entraîneurs véreux qui leur donnaient des potions magiques pour décupler leurs forces et les rendre endurants face à l’effort et à la douleur. Aujourd’hui, la plupart des body-builders prennent des produits pour se construire des corps parfaits. Si nous regardons certaines statues antiques, tout aussi musclées, on se pose la question : soit les anciens avaient des techniques d’entraînement qui leur permettaient d’arriver au même résultat que nos athlètes modernes sans dopants, soit ils en prenaient aussi...!

« Faites du bruit ! »

Mais il n’y a pas que le dopage qui peut apporter au sportif l’énergie dont il a besoin pour surclasser ses concurrents et s’ouvrir les portes du ciel. Il y a aussi la ferveur populaire. Tous les sportifs vous le diront : les supporteurs donnent de l’énergie. Mais comment ?

Les applaudissements donnent de l’énergie aux sportifs.

Là aussi, l’énergie que le public communique au sportif vient d’un phénomène très mystérieux, le martèlement. Encore un secret vieux comme le monde ! Et aussi une évidence : pour plaire aux dieux, le sportif a besoin de mobiliser au maximum les énergies... de la Terre ! Et que fait l’homme depuis la nuit des temps pour mobiliser ces énergies ? Il martèle le sol avec ses pieds ! C’est encore le cas dans les danses rituelles de certaines tribus : la frappe cadencée du sol réveille les esprits de la terre ! Il s’ensuit forcément une sorte de transe.

Voilà pourquoi, les supporters tapent frénétiquement sur le sol des gradins (au risque de faire effondrer les tribunes). Le martèlement de centaines de personnes est destiné à attirer vers le sportif les énergies enfouies au plus profond de la Terre. Et les applaudissements ont le même but, et le même effet. Quand, dans un gala de boxe, le speaker dit au public : « Faites du bruit ! », ce n’est pas juste pour vociférer ou manifester sa présence, c’est pour communiquer au sportif les énergies de la Terre et ainsi l’aider à s’élever vers les étoiles !

Voilà que notre regard sur le sport change. Le sportif relie la Terre et le Ciel. Mais où le voyons-nous ?

Eh bien, en boxe, par exemple. Les deux opposants sont chacun placés dans un coin opposé. Un coin bleu et un coin rouge. Pourquoi ces deux couleurs ? Parce que le rouge représente symboliquement la terre et le bleu le ciel. Ces deux couleurs symbolisent donc l’affrontement des opposés. Le Ciel contre la Terre. Le Bien contre le Mal, le divin contre le malin. Mais c’est toujours le Ciel qui gagne, bien sûr !

Curieusement, le ring est un carré à quatre côtés qui symbolise parfaitement le monde physique et ses limites. Mais on l’appelle « ring », ce qui signifie « anneau » en anglais [4]. Une belle manifestation de la quadrature du cercle !

Mais la plus belle représentation du sportif comme intermédiaire entre le Ciel et la Terre nous est donnée... par le rugby... encore lui ! Un essai se marque en écrasant la balle sur le sol. Mais cet essai n’est « transformé » que si un joueur envoie la même balle très haut dans le ciel, au moins au-dessus de la barre transversale des poteaux. Cette barre symbolise en quelque sorte la limite entre le monde terrestre et le monde céleste...

Vous pouvez ainsi vous amuser à rechercher dans les pratiques sportives les gestes qui symbolisent l’union de la Terre et du Ciel. Il y a bien sûr le saut à la perche : l’athlète plante sa perche dans le sol et s’élève au-dessus de la fameuse barre horizontale qui délimite les deux univers. Devinez où le tennisman lance sa raquette quand il a gagné sa partie ? Vers le ciel ! Et s’il l’a perdue, il la pulvérise au sol ! Certains sports sont pauvres en symboles spirituels, d’autres sont plus riches, mais les sportifs, eux, dans leur attitude, dans leurs gestes au moment de la victoire (ou de la défaite), nous rappellent, par la perfection de leur corps, qu’ils sont les intermédiaires entre le ciel et nous, humains ordinaires.

Le sportif est un être un part qui, chaque jour, tout au long de l’année, qu’il en soit conscient ou que cela se déroule à l’insu de son plein gré, nous relie au ciel, fait de nous un animal à part, un intermédiaire entre le monde terrestre dont nous sommes faits et le monde céleste, dont, pense-t-on, nous sommes un peu faits aussi... fin

Notes

[1] On pense au Vè ou VIè siècle

[2] Un esprit sain dans un corps sain.

[3] Hormis les pingouins et les girafes, mais bon.

[4] A l’origine, c’était les spectateurs qui tenaient les cordes autour des pugilistes ; ils les encerclaient ainsi, d’où l’idée d’un anneau, d’un « ring ».

2 commentaires

  • Super article, j’en parlerais à mon coach de la salle de sport gujan mestras on verra ce qu’il en pense ^^

    Par : evalefou | 5 novembre 2016 13:54 | Répondre
    • Merci evalefou. L’avis de votre coach sera intéressant, effectivement.

      Par : Christian Julia | 7 novembre 2016 11:24 | Répondre

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PUBLIÉ LE : 25 octobre 2015 | MIS À JOUR LE : 8 novembre 2015
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